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24/01/2017 - 26/01/2017
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Evénement


QuaranteQuatrième Session

Document de travail

De la Modernité aux Modernités

24-26 janvier 2017

Interroger la modernité s’avère plus que jamais nécessaire. Cette notion qui fait débat soulève bien des questionnements et convoque bien des recherches tant dans l’acception à redéfinir que dans les implications qu’elle suscite sur l’évolution des sociétés. A fil de l’histoire, les transformations intellectuelles, sociales et économiques participent à la dynamique du monde, tributaire d’une modernité à cerner au plus près de la pertinence des enjeux contemporains.

Chaque époque construit son épopée. Depuis la nuit des temps, les civilisations se succèdent et s’entrecroisent. Qu’elles soient grecques, chinoises, arabes, européennes ou américaines par exemple, l’Histoire enregistre leur diversité et leur héritage sur les religions et les cultures. Chaque fois, de nouveaux défis sont relevés par l’humanité qui invente des concepts, des propos inédits pour couvrir la réalité à décrire entre l’ancien et le nouveau. S’il est couru que modernité est souvent réduite à nouveauté, il n’en demeure pas moins que cette notion mérite plus de prudence et d’attention dans l’exercice politique et social, fondé sur un système de valeurs intellectuelles et une vision du monde bâtie sur l’édifice de la « grande mutation » survenue durant la renaissance européenne. En effet, le passage de la société agraire et féodale à une société industrielle et capitaliste marque l’avènement d’un modèle de pensée fortement inspiré de la philosophie des Lumières. Cette avancée technologique entraine un changement des mentalités et de la société qui aspire à être désormais composée d’individus libres et égaux en droit et conscients du devoir de contrôler et de préserver l’environnement.

Sans revenir sur toute la littérature consacrée à l’influence incontestable des mutations majeures de l’histoire récente de l’Europe, la société occidentale a façonné de nouvelles structures économiques et culturelles qui ont transformé peu à peu le mode de vie de ses citoyens et partant de leurs relations avec les autres contrées du monde. En effet, forte de ses découvertes scientifiques et à la pointe du progrès industriel, l’Europe affiche alors une propension à l’expansion géographique censée lui permettre d’étendre sa civilisation aux sociétés étrangères dont les structures culturelles, économiques et sociales sont totalement différentes. Afin de réfléchir à cette réalité et de la décrire, des penseurs opposent au terme de modernité celui de postmodernité.

Cependant, quelle que soit la société où il s’exerce, occidentale ou autre, le vecteur qui relie les dimensions économique, politique et sociale aux valeurs juridiques et éthiques et qui trace le système normatif de la modernité, a souvent manqué de lignes claires et précises compte tenu du hiatus entre représentation et interprétation de la notion de modernité. De plus, la tendance à inclure le nouveau dans le traditionnel augmente le risque de confondre modernité avec modernisation.

En effet, confrontées aux effets inéluctables de la modernisation, les sociétés qui souhaitent sauvegarder vaille que vaille leurs traditions, traduisent leurs craintes et leurs appréhensions dans les vives luttes rhétoriques que se livrent leurs élites politiques et intellectuelles. A celles qui prônent l’apologie de la modernité au nom de l’universalité, s’opposent celles qui revendiquent la préservation de la tradition au nom de la spécificité culturelle. D’autres, au nom du principe de tolérance, espèrent atténuer l’irréductible dichotomie.

Si l’introduction de la modernité est effective dans la plupart des sociétés contemporaines, elle a d’abord été accomplie de façon partielle et approximative. Ainsi, les effets pervers sont-ils notables dans bon nombre de situations telles l’adoption de la technologie sans la pensée rationnelle qui l’a engendrée ou l’apparition de mouvements religieux extrémistes qui emploient les moyens technologiques modernes afin de consolider le retour à une tradition obsolète et phallocrate en totale contradiction avec les valeurs du développement et du progrès.

Les sociétés en développement manifestent quelques réticences à adopter la modernité souvent accusée d’altérer les repères traditionnels de l’individu et de perturber sa représentation de l’appartenance à la communauté religieuse et culturelle garante de l’identité en partage. Pour légitime que soit ce principe de précaution de la sauvegarde des valeurs ancestrales, il n’en reste pas moins qu’une question essentielle vaut d’être posée. Quelle modernité pour quels bénéfices humains? Certes, le partage inéquitable des richesses, les défaillances de l’éducation et de l’enseignement, la vulnérabilité du progrès dans les sociétés en développement, privent les hommes et les femmes de l’exercice de leur liberté de choix. L’être humain dans ce cas-là ne peut que subir la loi du quotidien et la modernité au coût matériel, social et culturel hors d’atteinte pour lui, demeure une luxueuse et inaccessible velléité.

La singularité de la modernité est de reposer sur un paradoxe. La modernité a une portée universelle puisqu’elle permet au monde d’évoluer grâce aux découvertes scientifiques mais ces mêmes acquis menacent l’écosystème de la planète : manipulations génétiques, pollution, exploitation effrénée des ressources naturelles, course aux armes chimiques, etc. Tout ce non-respect de l’équilibre de l’environnement illustre pour l’Homme, l’exigence du devoir de conscience et la responsabilité pour le monde de demain.

C’est précisément pour évoquer toutes ces questions et bien d’autres encore, que l’Académie du Royaume du Maroc a choisi pour sa quarante-quatrième session le thème « De la Modernité aux Modernités« . Tenter de couvrir les contradictions de la modernité, interroger le présent à la lumière du passé, contrecarrer les amalgames entre modernité et renouveau seront au cœur du débat sur la modernité comme modèle idéal de promotion des individus et des sociétés dans un contexte mondialisé des civilisations qui crée la confusion dans les esprits et fait naître le sentiment d’insécurité et de doute dans un monde à haut risque.

La session couvre les axes suivants :

  1. Modernité : références théoriques et intellectuelles
  2. Représentation de la modernité et de la modernisation
  3. Modernité et tradition : interprétations antagonistes
  4. Modernité et pensée arabe
  5. Modernité et religion
  6. Modernité et pensée marocaine
  7. Modernité, droit et institutions
  8. Les effets de la modernité et la question sociale
  9. Modernité et situation de la femme
  10. La modernité et la question des valeurs
  11. Lart, linnovation et le postmodernisme